Hyperloop : une entourloupe financière, technique et écologique
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« au lieu de courir après la chimère de l’hyperloop, nous pouvons consacrer l’argent public à la rénovation des infrastructures existantes pour une mobilité facilitée et la vitalité de nos territoires, comme le POLLT (Ligne ferroviaire Paris, Orléans, La Souterraine, Limoges, Toulouse)« .

Les conseillers régionaux écologistes du Limousin ont mené l’enquête sur l’Hyperloop, censé transporter des voyageurs dans des capsules qui parcourent un tube dépressurisé à des vitesses supérieures à 1 200 km/h, la vitesse du son. Le résultat de ces recherches est accablant : coûts hors d’atteinte, performance médiocre, mode de transport d’une dangerosité énorme, destruction de l’environnement, sans compter les réserves émises sur la technologie elle-même.

Les promoteurs du projet Hyperloop exercent depuis quelques mois un lobbying intense auprès des collectivités et des médias, notamment en Limousin mais aussi à Toulouse ou dans la région des Pouilles (Italie).

Objectif : décider les élu-e-s à engager des fonds publics et à mobiliser des partenaires institutionels pour développer une technologie qui répondrait aux besoins de mobilité des habitant-e-s des territoires.

En Limousin, la société canadienne Transpod promeut ainsi l’idée d’une liaison par tube entre Limoges et Paris. Selon des déclarations récentes de cette société, une telle ligne coûterait entre 15 et 25 milliards, voire plus, pour couvrir les 400 km qui nous séparent de la capitale. Un coût prohibitif, quand on sait l’état des finances publiques en matière de transports. Les projets de nouvelles LGV butent sur une absence de financement, de 9 milliards pour le GPSO (lignes Bordeaux-Toulouse et Bordeaux-Espagne) qui risque bien de connaître le même sort que la Poitiers-Limoges, qui coûtait pourtant moins de 2 milliards d’euros, soit 10 fois moins que l’hyperloop.

Concernant l’aménagement du territoire, toutes les études sur les transports directs à grande vitesse entre grandes villes montrent qu’elles aboutissent à la  métropolisation et la désertification des villes moyennes, des centre-bourgs et des campagnes. En termes d’environnement ce projet serait catastrophique. La  construction de l’infrastructure nécessiterait la largeur d’une autoroute, surplombée par d’énormes pylônes en béton tous les 25 mètres, sans compter tous les ouvrages d’art nécessaires pour réaliser deux pipelines parfaitement rectilignes pour les « tubes ». Avec comme corollaire des destructions massives d’espaces naturels et de terres agricoles.

Enfin, la technologie elle-même est si peu aboutie qu’on peut se demander pourquoi des promoteurs mettent autant d’empressement à la « vendre » aux élus. La  vitesse annoncée, censée faire l’intérêt de l’hyperloop, pose d’infinis problèmes de confort et de sécurité pour ne pas ressembler à une expérience de montagnes  russes dans une cabine pressurisée. Comme le souligne malicieusement Alan Levy, un mathématicien spécialiste des transports « ce n’est pas un moyen de transport, c’est un voyage de tous les vomis ». Plusieurs rapports d’expertises pointent les délais très longs et l’incertitude même entourant son transfert technique et son industrialisation, ce qui n’empêche pas un promoteur d’annoncer comme imminente la réalisation d’un prototype à Toulouse, où aucune
piste d’essai n’est même commencée. Il est vrai qu’ils le font depuis Abou Dahbi, où ils essaient de vendre l’étude d’un Hyperloop…

Au lieu de courir après la chimère de l’hyperloop, nous pouvons consacrer l’argent public à la rénovation des infrastructures existantes pour une mobilité facilitée et la vitalité de nos territoires, comme le POLLT (Paris, Orléans, La Souterraine, Limoges, Toulouse). C’est ce que souhaitent les conseillers régionaux écologistes du Limousin.

Jean-Louis Pagès,
coprésident du groupe des conseillers régionaux écologistes de Nouvelle-Aquitaine

Jean-Louis Pagès était l’invité le dimanche 16 septembre 2018 de l’émission Dimanche en politique « Hyperloop : projet futuriste ou délire de scientifiques ? »

Alors qu’une société canadienne vient de déposer son permis de construire pour une piste d’essai à Droux en Haute-Vienne, … sur le plateau de Dimanche en politique, les partisans du projet et ses détracteurs confrontent leurs points de vue.

Les invités d’Annaïck Demars

• Vincent Léonie, président de l’association « Hyperloop Limoges »

• Madeleine Saillard, maire de Droux (87)

• Jean-Louis Pagès, conseiller régional EELV pour la Haute-Vienne

• Alain Célérier, président de l’Université de Limoges

L’émission est visible ci-dessous :

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